#85 info steel Bureau de dépôt Bruxelles X - P910504 - Trimestriel - numéro 85 - 4-5-6 / 2026
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1 InfoSteel #85 — 2026/4-5-6 C’est avec une grande tristesse que nous avons appris fin mai le décès de Philippe Samyn, l’un des plus importants architectes et ingénieurs belges de ces cinquante dernières années. Nous adressons nos sincères condoléances à sa famille, à ses proches et à ses collaborateurs. Son œuvre ne peut être ramenée à un style particulier. Son héritage va bien au-delà d’une simple succession de bâtiments remarquables. Il s’est constamment efforcé d’affiner sa vision de ce à quoi le monde (et son architecture) pourrait (ou devrait) ressembler demain. Il était incontestablement un visionnaire animé par la curiosité d’un enfant. Comme nul autre, il savait établir un pont entre les préoccupations structurelles de l’ingénieur et l’intuition de l’architecte. En observant ses projets en acier, il apparaît clairement qu’il repoussait sans cesse les limites du techniquement réalisable. Il connaissait parfaitement les atouts de l’acier et savait les exploiter de manière optimale dans ses réalisations. En même temps, il mettait continuellement les producteurs d’acier au défi de développer des qualités d’acier encore plus performantes permettant de construire de manière aussi délicate et légère que possible. Tu vas nous manquer, Philippe ! Revue trimestrielle d’architecture et de génie civil publiée par Infosteel (centre d’information d’acier pour la Belgique et le G.-D. de Luxembourg). Editeur Responsable : Koen Michielsen, General Manager Infosteel asbl Z.1 Researchpark 110, BE-1731 Zellik t: +32-2-509 15 01 info@infosteel.be - www.infosteel.be BTW-TVA: BE 0406 763 362 Comité de rédaction : magazine@infosteel.be Geert Bettens, Daphne Deckers, Bruno Dursin, Robrecht Keersmaekers, Hugo Koch, Pieter Ottevaere, Jo Van den Borre et Jan van Hapert Traduction & correction : Infosteel & Rudi Vanmechelen Publicité : info@infosteel.be - t: +32-2-509 15 05 Diffusion: Gratuit pour les membres d’Infosteel asbl Tirage : 2.400 exemplaires Vente au numéro : € 15 / numéro (TVAc) Affiliation : info@infosteel.be Les articles publiés n’engagent que la responsabilité de leurs auteurs. Les documents reçus impliquent l’accord de l’auteur pour libre publication. Tous droits de reproduction, traduction et adaptation réservés. ISSN 2032-281X Copyright 2026 by Infosteel numéro 85 – 4-5-6/2026 revue d’architecture, de technique et d’innovation dans la construction métallique editorial Vos réactions à magazine@infosteel.be Chers lecteurs, L’été approche à grands pas, synonyme de vacances et de beau temps. C’est le moment de faire le point, de revenir sur les mois écoulés et de se tourner vers l’avenir. Chez Infosteel aussi, nous prenons le temps de faire le bilan d’un printemps chargé et fructueux, marqué par un panel de formations, de visites de projets et de chantiers, d’un voyage d’étude, ainsi que d’un travail stratégique de fond sur l’empreinte environnementale, la conception intelligente et la construction à ossature métallique légère. Au cours de la période estivale à venir, pour laquelle nous avons prévu un peu moins d’événements publics, nous allons intensifier nos efforts afin de donner un coup d’accélérateur à ce travail stratégique de fond. Nous espérons ainsi pouvoir vous présenter, peu après l’été, les premières actions concrètes autour de ces trois thèmes. Profitez des soirées estivales, un verre de rosé bien frais ou une bonne trappiste à la main, et découvrez les articles passionnants qui ont été rassemblés pour et par la filière de la construction métallique dans ce nouveau numéro du magazine InfoSteel. Bonne lecture ! Koen Michielsen, directeur d’Infosteel Philippe Samyn, Le Delta, Namur, 2019 Image de couverture CLAUSURA, Herkenrode Dessin : ©Gijs Van Vaerenbergh, TM Arel/Van Eycken, Stabilogics & StaBeTek Article en page 14 info steel
contenu Editorial 1 Un aperçu de l’avenir du droit européen des marchés publics 3 Deux visites de chantier au Viaduc de Vilvorde 4 Calculer vos temps de production avec l’intelligence artificielle 6 Troisième voyage d’étude : Bilbao 8 Le centre d’expertise offshore d’Elia à Ostende 10 CLAUSURA Herkenrode 14 Point de vue à Vresse-sur-Semois 18 Visite de chantier du Le Chat cartoon museum 20 Déformation thermique lors de la galvanisation à chaud 22 Réutilisation de l’acier : expériences pratiques basées sur des données expérimentales 24 Passerelle himalayenne de la tranchée de Caster 28 Le John Hancock Center 30 Membres 32 P.10 P.18 P.14 P.30
3 InfoSteel #85 — 2026/4-5-6 COLONNE Daphne Deckers, CEO de Victor Buyck Steel Construction & Joost Merema, associé chez PRO6 managers Il s’agit de la voie traditionnelle : le législateur européen adopte de nouvelles règles, que les États membres transposent ensuite dans leur législation nationale. Dans ce cas, le marché en ressentira probablement pleinement l’impact vers 2030 ou 2031, car les États membres auront à nouveau besoin de temps pour adapter leurs cadres nationaux. L’industrie sidérurgique bénéficiera alors d’une période de transition légèrement plus longue, préservant une certaine marge de manœuvre pour les spécificités nationales, les interprétations locales et les solutions transitoires. Le deuxième scénario est que la Commission aille plus loin et opte pour un ou plusieurs règlements, évoqués récemment dans les discussions sous le terme de ‘Public Procurement Act’. [7] Dans ce contexte, le terme act désigne un règlement. La grande différence avec une directive réside dans le fait qu’un règlement s’applique directement dans tous les États membres dès son adoption. Il n’est alors plus nécessaire de procéder à une transposition nationale détaillée. Cela réduit considérablement le délai entre la décision et son entrée en vigueur. Dans ce scénario, les acteurs du secteur pourraient être confrontés aux nouvelles règles dès 2029 ou 2030. Pour les entreprises, la distinction entre ces scénarios est donc avant tout une question de rythme et d’uniformité : une directive offre plus de temps de préparation et permet des nuances nationales, tandis qu’un règlement implique une accélération et moins de variations entre les États membres. L’orientation reste toutefois la même dans les deux cas : les pouvoirs adjudicateurs exigeront des garanties accrues concernant le bilan carbone, la circularité, l’origine et la sécurité d’approvisionnement de l’acier et des constructions métalliques. Quel que soit le scénario retenu, un certain nombre de changements semblent se dessiner clairement. Premièrement, l’accent est de plus en plus mis sur les performances vérifiables plutôt que sur le prix le plus bas. Les critères de qualité et de durabilité gagnent en importance et deviennent contraignants. Deuxièmement, l’autonomie stratégique européenne s’impose comme un thème central dans les appels d’offres. Troisièmement, la nature de la charge administrative évolue : les procédures doivent être simplifiées, mais parallèlement, le besoin de données, de transparence et de justification s’accroît tant au niveau de l’offre que de l’exécution du contrat. L’échéance cruciale pour les décisions d’investissement ne se situe donc pas en 2030, mais dès l’année prochaine. Les projets de textes que la Commission européenne publiera dans le cadre de la révision du cadre des marchés publics et du ‘Clean Industrial Deal’ constitueront le moment où l’industrie devra impérativement définir sa position. Ces textes devraient être disponibles l’été prochain. Le défi pour le secteur sera de maintenir un dialogue étroit avec le législateur. Il s’agit de veiller à ce que les nouvelles règles soient techniquement réalisables et économiquement viables, compte tenu de la complexité des applications de l’acier et de la longueur des cycles d’investissement. Prédire l’avenir avec certitude est impossible, mais la trajectoire est claire : les appels d’offres deviendront plus écologiques, plus stratégiques et plus européens. La grande question pour l’industrie sidérurgique n’est donc pas de savoir si ce changement aura lieu, mais de garantir sa présence à la table des négociations lorsque les règles du jeu seront rédigées, et de s’assurer que vos investissements s’adapteront à cette nouvelle réalité. À Bruxelles, l’élaboration d’une nouvelle génération de règles européennes en matière de marchés publics s’accélère. Pour les décideurs de l’industrie sidérurgique cela peut sembler être une question marginale sur le plan juridique, mais rien n’est moins vrai. Cette réforme constituera un dossier stratégique majeur qui, dans les années à venir, aura une incidence directe sur les investissements, l’accès au marché et la compétitivité au sein du Benelux et au-delà. Le cadre réglementaire européen actuel a été adopté il y a plus de douze ans, en 2014, pour une mise en œuvre effective deux à trois ans plus tard. [1] La réforme de l’époque visait à assouplir les procédures et à accorder une place accrue à l’innovation, à la durabilité et à la qualité. Dans la pratique, l’accent est toutefois resté mis sur le prix lors des appels d’offres, tandis que les critères de durabilité n’étaient qu’un complément subsidiaire. La Commission européenne place donc la barre plus haut cette fois-ci et élabore un nouveau cadre aligné sur ses objectifs industriels, géopolitiques et climatiques. [2] Les marchés publics doivent désormais contribuer à rendre l’Europe plus durable, à stimuler l’innovation et à réduire la dépendance à l’égard des pays tiers. [3] Il s’agit là d’un signal fort pour l’industrie sidérurgique. L’acier ne sera plus évalué uniquement sur la base du prix et des performances techniques, mais davantage en fonction de son empreinte carbone, de sa circularité et de l’ancrage européen de sa chaîne de valeur. Parallèlement, on prend de plus en plus conscience à Bruxelles que le cadre actuel est trop fragmenté. [4] Outre les directives classiques sur les marchés publics, une soixantaine d’autres réglementations européennes relatives à l’énergie, au climat, à l’économie circulaire et aux normes sociales impactent les appels d’offres. [5] Cette accumulation alourdit le système sur le plan juridique et nuit à sa clarté opérationnelle. La prochaine étape logique consiste donc non seulement à rédiger de nouvelles règles, mais aussi à harmoniser l’ensemble du dispositif pour le rendre plus cohérent. Dans ce contexte, deux scénarios semblent globalement possibles pour la réforme à venir. Le premier scénario est que Bruxelles opte à nouveau pour l’instrument de la directive. [6] Un aperçu de l’avenir du droit européen des marchés publics [1] Public Contracts in Legal Globalization Network. (2021). Evaluation of the 2014 public procurement directives: Answer to the consultation of the European Commission. Vrije Universiteit Amsterdam. [2] https://commission.europa.eu/topics/ competitiveness/clean-industrial-deal_en [3] Consultez notre première colonne dans Infostaal n° 81 “À la recherche d’un équilibre dans le secteur sidérurgique européen” [4] https://www.cor.europa.eu/en/news/eu-publicprocurement-reform-must-simplify-rules-and-putpeople-innovation-and-sustainability-first [5] W.A. Janssen, The coherence of public procurement legislation in the European Union, Luxemburg: Office des publications de l’Union européenne 2025, doi:10.2873/7419429. [6] https://www.bruegel.org/first-glance/ mapping-road-ahead-eu-public-procurement-reform [7] https://www.europarl.europa.eu/legislative-train/ theme-a-new-plan-for-europe-s-sustainableprosperity-and-competitiveness/ file-public-procurement-act
ACTIVITÉ Sous, dans et sur cet ouvrage d’art exceptionnel Deux visites de chantier au Viaduc de Vilvorde phérique intérieur : un pont à caisson en acier de 900 m de long doté d’un tablier orthotrope. Méthodologie de travail innovante La rénovation s’effectue à l’aide d’un ‘petit train suspendu’ unique en son genre qui progresse systématiquement. Les premiers modules enlèvent le revêtement contenant de l’amiante, puis les ‘wagons’ suivants effectuent les autres travaux. Outre les aspects liés à la résistance et à la stabilité, le bureau d’études Greisch a clarifié la problématique complexe de la fatigue des matériaux. Avec d’innombrables scénarios de charges dynamiques, toute une série de détails, la question de l’état de fatigue actuel, les calculs de propagation de fissures en amont (backward crack propagation), etc. En plus des réparations et des renforcements, l’approche principale consiste à élaborer une stratégie pour les inspections futures. Sous, dans et sur Depuis l’échafaudage suspendu, la rénovation des assemblages boulonnés d’origine a été expliquée. On pouvait également y voir de près les ‘tiges’ ou ‘bracons’ – des tubes en acier qui renforcent les ailes en porte-à-faux du tablier du pont. A l’intérieur du caisson, nos guides nous ont expliqué quels équipements et outils spéciaux le constructeur métallique Aelterman a fait développer et fabriquer pour effectuer des travaux dans un caisson en acier à 30 m de hauteur. Sous des tentes installées sur la chaussée, nous avons pu voir comment le déplacement des glissières de sécurité libère de l’espace pour la quatrième voie. Le tablier orthotrope sera rénové et renforcé à l’aide d’une technique unique en Belgique consistant en un revêtement mince en BFUP (Béton Fibré à Ultrahautes Performances). Lors de la visite du chantier, le bruit de la circulation sur le Ring était à peine perceptible. En rentrant chez nous, nous en avons compris la raison : le trafic était complètement à l’arrêt ! Fin février, InfoSteel a organisé une deuxième visite de chantier au viaduc de Vilvoorde. Après une première session réservée aux Gold Members, trente professionnels ont assisté, au point d’information, à un exposé approfondi donnée par les partenaires de construction impliqués. Une rénovation tournée vers l’avenir À la demande du maître d’ouvrage ‘De Werkvennootschap’, cet ouvrage de 1700 m de long est préparé pour l’avenir, avec notamment l’ajout d’une voie supplémentaire et l’autorisation de transports exceptionnels. Le groupement d’entreprises TM Stadsbader Contractor – Viabuild se concentre actuellement sur la partie centrale du pont du péri1 Depuis l’échafaudage suspendu, la rénovation des assemblages boulonnés d’origine a été expliquée. 2 A l’intérieur du caisson, nos guides nous ont expliqué quels équipements et outils spéciaux le constructeur métallique Aelterman Texte & images: InfoSteel 2 1
Calculer vos temps de production avec l’intelligence artificielle Qu’est-ce que l’intelligence artificielle ? L’ambition de l’intelligence artificielle est de réussir à reproduire, sur des machines ou des logiciels, l’intelligence de réflexion humaine. À la frontière des sciences cognitives, de la robotique et de l’informatique, un système doté d’intelligence artificielle est capable de percevoir, apprendre, mémoriser, prédire, raisonner et planifier en toute autonomie. Avenir proche ou lointain pour cette technologie ? Les entreprises font face à des volumes de données de plus en plus importants, au point qu’elles en deviennent parfois inexploitables. Une solution intégrant l’intelligence artificielle permet de donner un sens à toutes ces informations. Elle va apprendre des données et les interpréter pour fournir des analyses comportementales. À terme, l’IA en informatique d’entreprise permet d’envisager, en plus d’une productivité accrue, une véritable collaboration homme-machine, laissant à chacun la possibilité d’exercer sa tâche de prédilection à forte valeur ajoutée. L’intelligence artificielle est perçue comme la quatrième révolution industrielle. Elle suscite des incompréhensions, des peurs et des questionnements chez une grande majorité de personnes. Très rapidement, elle s’est installée dans le quotidien de millions de personnes. Elle est omniprésente dans nos vies et peut apporter énormément aux entreprises. Premièrement, que doit-on attendre d’une GPAO ? Un logiciel de gestion de production permet de gérer la globalité des flux et d’automatiser les tâches de la majorité des services de l’entreprise. Les nombreuses fonctionnalités d’une GPAO donnent l’opportunité de gérer l’activité d’une entreprise dans sa globalité depuis un seul point. De la gestion des commandes et des approvisionnements, des stocks, du planning, du contrôle et du suivi des temps de production, aux livraisons et au montage, jusqu’au calcul de rentabilité : les champs d’action sont larges. Un logiciel de gestion de production est un réel atout pour les entreprises, permettant de gagner beaucoup de temps via l’automatisation de nombreuses tâches. Texte & images : José Teixeira Executive Director – Business Development VVTW s.r.l. Zoning industriel des Hauts-Sarts Rue d’Abhooz, 27 – 4040 Herstal J.teixeira@vvtw.be – +32 487 41 91 20 1
7 InfoSteel #85 — 2026/4-5-6 LOGICIELS Les machines s’occuperont des travaux répétitifs, tels que l’analyse de grandes quantités de données. Les hommes, quant à eux, pourront se consacrer aux travaux nécessitant des capacités propres à l’être humain : intuition, sensibilité, empathie, capacité à gérer les imprévus. Et les GPAO dotées d’intelligence artificielle dans tout ça ? L’intelligence artificielle offre un potentiel important aux entreprises qui en seront dotées. Elle peut devenir un levier de croissance à part entière dès lors qu’elle sera adoptée par les entreprises et intégrée à leur GPAO. Par exemple Le calcul des temps théoriques dans la mise en œuvre de la construction métallique est souvent laborieux et très approximatif. Avec Steel Manager, développé par DevTeix, et l’intégration de l’intelligence artificielle au cœur du logiciel, les temps théoriques seront calculés par comparaison avec les pièces déjà produites par le passé, et sur la base des caractéristiques techniques et des géométries. La GPAO possède une base de données importante qui retrace souvent des années d’activité. Par conséquent, elle offre une quantité considérable d’informations à exploiter par l’intelligence artificielle. GPAO et intelligence artificielle : quelles conclusions ? Au-delà d’automatiser un grand nombre de saisies, la productivité s’en trouvera grandement améliorée. L’intelligence artificielle en entreprise va offrir de nombreuses opportunités. Ce sera une excellente occasion de simplifier ses processus et d’automatiser les tâches manuelles répétitives. Des entreprises comme DevTeix sont précurseurs dans l’utilisation des nouvelles technologies dans le monde de la GPAO. L’intégration de l’intelligence artificielle au cœur des logiciels apportera une véritable révolution dans le monde de la production en construction métallique. Plus d’infos : www.steel-manager.be 2 3
Le Pays basque : berceau de l’industrie sidérurgique espagnole troisième voyage d’étude : Bilbao Au cours de ces trois journées passionnantes, nous avons fait découvrir à nos invités l’histoire de l’industrie sidérurgique de cette région dynamique. Nous avons visité l’usine d’ArcelorMittal à Sestao, la première aciérie au monde entièrement exempte d’émissions de CO2. Ce résultat est obtenu grâce au passage à l’hydrogène vert et à une électricité 100% renouvelable, combinés à la transformation de ferraille recyclée. Nous avons bénéficié d’une visite guidée d’Azkuna Zentroa, un exemple inspirant de reconversion. Nous avons découvert l’emblématique musée Guggenheim, où le design, l’art et l’architecture s’allient de manière impressionnante. Et bien sûr, le Puente de Vizcaya, un ‘bijou’ de l’histoire industrielle classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, ne pouvait manquer à l’appel. D’ailleurs, avions-nous déjà mentionné que le Pays basque est également un paradis culinaire ? Nos papilles ont été régalées par de délicieux pintxos (ne dites surtout pas ‘tapas’ à Bilbao). Autrement dit, ce voyage a été un véritable régal pour le corps et l’esprit. Nous réfléchissons déjà activement à notre prochaine destination. Vos suggestions sont les bienvenues… C’est au Pays basque qu’InfoSteel a organisé son troisième voyage d’étude. Le berceau de l’industrie sidérurgique espagnole se trouve à Bilbao et dans ses environs, ainsi que le long des rives du Nervión. C’est à partir du milieu du 19ème siècle que l’exploitation à grande échelle du minerai de fer a pris son essor, ce qui a conduit à la construction des premiers hauts fourneaux modernes et au développement de la construction navale et de l’industrie lourde dans la région. Lorsque l’industrie lourde s’est effondrée à la fin du 20ème siècle, Bilbao a connu une transformation radicale. Au lieu de transformer la ville dans un musée statique, les autorités ont élaboré un plan directeur radical qui associait le passé industriel et l’architecture culturelle moderne. Les anciennes zones portuaires et industrielles ont laissé place à la culture, à l’architecture et aux espaces publics, sans pour autant effacer le patrimoine industriel. Le musée Guggenheim est devenu le symbole de cette renaissance. Disséminées dans toute la ville, des sculptures en acier et des bâtiments industriels réaménagés rappellent le passé de Bilbao, conservant une place visible dans le paysage urbain moderne. ACTIVITÉ 1 Musée Guggenheim de Bilbao, rassemblement près d’une araignée de Louise Bourgeois 2 Visite de l’usine ArcelorMittal à Sestao 3 Azkuna Zentroa – Alhóndiga Bilbao, un projet de reconversion auquel a participé Philippe Starck 4 Puente de Vizcaya, le plus ancien pont transbordeur du monde, construit en 1893 Texte : Bruno Dursin Images : InfoSteel & ArcelorMittal 4 3 2 1
T +31 (0)71-5418923 E info@dutchengineering.nl W dutchengineering.nl ComFlor® 95met/avecCrushedends Staalplaat-betonvloeren Onderdeel van uitkragingen Ontwerpprogramma Programme de conception www.dutchengineering.nl Dalles mixte acier-béton Partie des porte-à-faux 248062_ADV_DutchEngineering_CF95.indd 1 26/05/2025 11:34 EXC 4 classe d’exécution 43.000 m2 site de production et hall de conservation En interne ingénierie et capacité de dessin >10.000 tonnes de capacité de production annuelle d’acier FORT EN ACIER ASK Romein est une entreprise de construction métallique avec une riche histoire, une réputation à toute épreuve et une vision claire de l’avenir. Nous o rons à nos clients un service complet : de la conception, l’ingénierie, la production, jusqu’au montage. Cela nous permet de garantir un contrôle maximal sur l’ensemble du processus de construction. En tant que producteur d’acier spécialisé et partenaire fiable en construction métallique, nous avons acquis une précieuse expérience au cours des dernières décennies. Les structures en acier complexes, les exigences spécifiques ou les missions atypiques ne nous intimident pas. ASK Romein se fait un plaisir de réfléchir avec vous! Plus d’infos : ask-romein.be | info@ask-romein.be PODCAST www.infosteel.be/podcast Edition en français www.infosteel.be/fr/publications/ notre-magazine Editie in het Nederlands www.infosteel.be/publicaties/ ons-magazine Éditions distinctes en néerlandais et en français / podcast Depuis peu, nous publions des éditions distinctes en néerlandais et en français. Cela nous permet de réduire les coûts liés au papier et à l’expédition, mais nous espérons surtout que cela améliorera la lisibilité. De plus, certains articles sont également disponibles en version podcast. Afzonderlijke Nederlands- en Franstalige editie / podcast Sinds korte tijd verschijnt er een afzonderlijke Nederlands- en Franstalige editie. Dat spaart op papier- en verzendingskosten, maar we hopen vooral dat het de leesbaarheid ten goede komt. Bovendien zijn sommige artikels eveneens beschikbaar in podcast-versie. info steel magazine
Acier et béton en équilibre: Le centre d’expertise offshore d’Elia à Ostende cohérent. Le rez-de-chaussée abrite un entrepôt fonctionnel contenant le matériel de travail et les pièces de rechange, tandis que les bureaux ont été aménagés au-dessus de l’entrepôt. Ce volume repose sur quatre poteaux tubulaires d’un diamètre de 914 mm, faisant directement référence aux constructions offshore. Dès la phase de conception, priorité a été accordée à la flexibilité, à l’adaptabilité et à la fonctionnalité. Partant de ces principes, le choix s’est porté sur un concept de structure hybride. L’entrepôt a été réalisé sous la forme d’une structure en béton robuste, avec des poteaux préfabriqués et de poutres précontraintes. Il est surmonté de la structure métallique de l’immeuble de bureaux. Pour le nouveau centre de services d’Elia à Ostende, une structure porteuse hybride a été mise au point, au sein de laquelle l’acier et le béton sont étroitement associés. La partie bureaux, construite autour de deux poutres treillis en acier sur une structure de stockage robuste, allie élégance architecturale, performances techniques et méthode d’exécution mûrement réfléchie. Le nouveau centre de services d’Elia, situé rue de l’Esplanade à Ostende, fait office de centre d’expertise pour les infrastructures haute tension offshore. Le bâtiment remplit à la fois une fonction administrative et opérationnelle et constitue le pôle éolien offshore pour les activités maritimes d’Elia. La conception architecturale réunit ces deux fonctions pour former un ensemble Texte : Stadsbader & Tractebel Engineering Photos : Johnny Umans (1,2,6), Tractebel (7,8,10) Dessins : OYO Architects (3,4,5), Stadsbader (9) 1
11 InfoSteel #85 — 2026/4-5-6 PROJET La structure porteuse principale des bureaux se compose de deux poutres treillis métalliques couvrant deux niveaux. Le niveau supérieur a également été réalisé en acier, mais ne contribue pas à la rigidité du treillis. Entre les treillis, des dalles alvéolées précontraintes ont été posées, avec une portée libre de 12,7 m. La couche de compression armée agit comme un diaphragme horizontal qui transfère les efforts vers le noyau central en béton du bâtiment. Lors de la conception de la structure métallique, une attention particulière a été accordée aux détails à la fois fonctionnels et esthétiques. Dans la mesure du possible, les assemblages boulonnés ont été masqués dans les planchers ou les cloisons. Dans les cas où cela n’était pas possible, le gabarit des diagonales et des poutres a été respecté autant que possible afin que la structure métallique conserve son aspect élancé. Pour le montage des treillis, le choix s’est porté sur la fabrication et la mise en place des montants verticaux en une seule pièce sur une longueur de 13,8 m. Les poutres intermédiaires et les diagonales ont ensuite été assemblées par des connexions boulonnées entre les montants. Afin de respecter les exigences strictes concernant les déformations et les rotations angulaires, des calculs de rigidité supplémentaires ont été effectués sur les assemblages. Toutes les connexions ont été conçus comme des assemblages rigides ou semi-rigides. Au total, environ 225 tonnes d’acier S355 J2 ont été utilisées pour ce projet. L’ingénierie détaillée de la structure métallique a été réalisée par le bureau d’études de Stadsbader. La production a été assurée par ASK Romein à Malle, conformément à la norme EN 1090, classe d’exécution 2 (EXC2). La structure principale du bureau a été recouverte d’un revêtement ignifuge, tandis que les structures extérieures ont été galvanisées à chaud avant d’être laquées. Un aspect essentiel de la conception structurelle concernait l’interaction entre l’acier et le béton. Au niveau des 3 2
nœuds des treillis, des poutres en béton coulé sur place ont été prévues à tous les étages, d’une hauteur identique à celle des dalles alvéolaires, couche de compression comprise. Ces poutres agissent comme des tirants et des bielles de compression et assurent la liaison structurelle entre les deux treillis. Pour assurer la liaison entre l’acier et le béton, des tiges filetées ont été insérées à travers l’âme des poutres d’acier et placées en chevauchement avec l’armature des parties coulées sur place. Des barres filetées ont également été utilisées pour reprendre les moments de torsion causés par l’appui excentré des dalles alvéolaires. Leur positionnement a été aligné sur les alvéoles ouvertes des dalles. Ce principe structurel ne prenant effet qu’une fois l’ouvrage achevé, des poutres temporaires en acier ont dû être mises en place pendant la phase d’exécution pour relier les deux treillis entre eux. Au total, cela représentait environ 40 tonnes de structures métalliques provisoires, qui ont été retirées une fois la couche de compression complètement durcie. La méthode de construction a également joué un rôle important dans le projet. Afin de respecter le planning ambitieux, le noyau en béton a été réalisé à l’aide d’un coffrage glissant. Une attention particulière a dû être accordée aux éléments d’ancrage coulés dans le béton pour le raccordement des treillis au noyau. Les détails d’ancrage devaient être compatibles avec cette méthode d’exécution, tout en laissant des tolérances suffisantes pour absorber les écarts géométriques de la structure en béton. Dès le début du processus de conception, la totalité du gros œuvre a été modélisée dans un modèle BIM Tekla intégré. Cela a permis d’analyser et de contrôler avec précision les interactions entre les structures en béton et en acier. C’est ainsi que les éléments de coulage dans le noyau de stabilité ont notamment été développés conjointement et que 6 4 5
13 InfoSteel #85 — 2026/4-5-6 7 les barres d’ancrage et les évidements dans les dalles ont pu être parfaitement coordonnés. En assemblant entièrement les charpentes jusqu’au niveau du plafond du deuxième étage avant la pose des dalles alvéolaires, on a en outre pu éviter d’avoir à installer des étaiements de 13 m de haut s’appuyant jusqu’au niveau des fondations. Une fois les dalles de plancher et les couches de compression mises en place, une structure métallique légère équipée de caillebotis a été fixée à l’extérieur de l’immeuble de bureaux. Cette structure extérieure remplit une double fonction : elle assure l’ombrage de la façade d’une part, en permet un entretien aisé des parois vitrées d’autre part. Ici aussi, une grande importance a été accordée aux détails et à la coordination, notamment pour le raccordement aux menuiseries en aluminium et l’intégration des gardecorps, des treillis en acier inoxydable et de l’éclairage LED au sein des passerelles. Lieu : Esplanadestraat 14, 8400 Oostende Maître d’ouvrage : Elia Group Concepteur/architecte : OYO Architects Architecte réalisation : OYO Architects Bureau d’études stabilité : TRACTEBEL Engineering Engineering détails acier: STADSBADER Entreprise général : STADSBADER Constructeur métallique : ASK Romein Partenaires de construction membre d’InfoSteel : ASK Romein, Stadsbader, Tractebel 7 Poutres coulées en place entre les treillis 8 Les poutres laquées en jaune assurent la liaison mutuelle des treillis en phase de construction 9 Raccordement du treillis au noyau, modèlisation 10 Raccordement du treillis au noyau, chantier Poutres coulées en place 8 10 9
CLAUSURA Herkenrode : Le cœur disparu de l’abbaye de Herkenrode redessiné en acier le quartier des abbesses. Du monastère, il ne restait que les ruines des quartiers des religieuses avec leurs cellules et l’ancienne infirmerie. Là où battait autrefois le cœur spirituel de l’abbaye, le vide règne désormais. Entre reconnaissance et abstraction Gijs Van Vaerenbergh a été chargé par Herita de développer une vision artistique pour ce centre disparu. Avec CLAUSURA, l’ensemble disparu est rendu à nouveau visible, non pas sous la forme d’une reconstruction littérale, mais comme une évocation spatiale à taille réelle et sur son emplacement d’origine. De fines barres en acier auto-patinable (corten) dessinent les contours des bâtiments disparus dans l’espace. Les volumes restent transparents, ce qui leur permet de se fondre L’abbaye d’Herkenrode a été fondée à la fin du XIIe siècle et s’est développée au fil des siècles pour devenir l’une des abbayes cisterciennes les plus riches des Pays-Bas (nord et sud). Le cœur spatial et spirituel de l’abbaye était le bâtiment central du monastère : un ensemble de bâtiments comprenant deux jardins monastiques, entouré par l’église gothique du XVIe siècle qui servait de point d’ancrage, ainsi que le bâtiment du couvent, les réfectoires, l’infirmerie, les quartiers des religieuses, des galeries et deux jardins monastiques. En 1826, un incendie fatal a détruit la quasi-totalité du monastère. Au cours des 200 dernières années, seuls les bâtiments annexes – toujours impressionnants – étaient présents sur le site de l’abbaye : le Neerhof, la grange aux dîmes, les écuries, la porte d’entrée, le moulin et Lieu : Herkenrodeabdij 4, 3511 Hasselt Maître d’ouvrage : Herita VZW Concepteur/architecte : Gijs Van Vaerenbergh Bureau d’études stabilité & acier : Stabilogics Bureau de dessin : StaBeTek Entreprise général : TM Arel – Van Eycken Construction métallique : Arel Montage : Van Eycken Acier galvanisé à chaud : Zinq Système duplex, peinture liquide : Arel Partenaires de construction membre d’InfoSteel : Arel, Stabilogics, Van Eycken, Zinq Auteur : Gijs Van Vaerenbergh, TM Arel/Van Eycken, Stabilogics & StaBeTek Photos : Jan De Wilde (1,2), TM Arel/Van Eycken (9,10) Dessins : Gijs Van Vaerenbergh, TM Arel/Van Eycken, Stabilogics & StaBeTek (3,4,5,6,7,8) 1
15 InfoSteel #85 — 2026/4-5-6 PROJET dans le paysage et, selon le point de vue, de disparaître ou de devenir clairement lisibles. L’installation balance entre reconnaissance et abstraction. Des éléments iconiques tels que les fenêtres, les voûtes, les toits et les tours offrent un repère, tout en se dissolvant dans un jeu de lignes subtil. Le projet se déroule en plusieurs phases. La construction de l’église constitue la première phase ; actuellement, les bâtiments entourant le premier jardin du couvent sont en cours de conception. Une phase ultérieure portera également sur les ruines existantes des quartiers des religieuses, de l’infirmerie et de l’arcade. À cet endroit, les fragments historiques en brique et en bois seront protégés contre toute dégradation supplémentaire et complétés par une charpente métallique. Cette structure reprend les structures de toiture encore partiellement lisibles et les complète sans effacer la frontière entre l’ancien et le nouveau. Il en résulte une composition où la mémoire, la ruine et l’intervention contemporaine se renforcent mutuellement. Parallèlement, des zones abritées sont créées, permettant une utilisation temporaire. Un défi technique particulièrement complexe Derrière l’apparente légèreté de CLAUSURA se cache un défi technique particulièrement complexe. Le site se L’ensemble du projet artistique Clausura s’étend sur une superficie impressionnante d’environ 120 m sur 70 m. 3 4 2 5
trouve dans une zone à forte valeur archéologique, de sorte que les conditions imposées étaient exceptionnellement strictes. Le sol ne devait pas être remué et les fondations ne pouvaient être réalisées que dans des limites de niveau très strictes. La semelle de l’église se compose par conséquent de semelles filantes de béton, d’une profondeur de 400 à 600 mm, qui, à certains endroits, ne se trouvent qu’à quelques centimètres au-dessus des vestiges archéologiques. Ces fondations n’ont pas été conçues en premier lieu pour empêcher le tassement, mais pour garantir la stabilité et éviter tout mouvement horizontal en cas de fortes charges dues au vent. La construction est très légère pour sa taille, mais en raison de sa hauteur exceptionnelle pouvant atteindre 52 m, les forces du vent jouent un rôle déterminant. Le modèle numérique comme document de travail central De plus, le concept artistique n’autorisait aucun assemblage à boulons visibles. La construction devait donc être entièrement soudée, notamment en hauteur et sur site, ce qui la rendait dépendante des conditions météorologiques et de l’organisation du chantier. Afin de maîtriser cette complexité, l’ensemble du projet a été modélisé en 3D et calculé structurellement par Stabilogics et le bureau d’études StaBeTek. Le modèle numérique a servi de document de travail central pour la conception, l’ingénierie, la production et le montage. Les poids, les nomenclatures, les séquences de montage et les contrôles visuels pouvaient être directement extraits de ce même modèle. Ce qui était au départ un puzzle potentiellement confus s’est ainsi transformé en un processus maîtrisable, dans lequel les modifications pouvaient être rapidement évaluées quant à leur impact sur la production, le transport et le montage. Pour une construction composée de milliers de lignes fines, cette base numérique partagée est essentielle : une seule petite modification peut provoquer une importante réaction en chaîne ailleurs. La division de la structure en éléments transportables et en super-éléments de plus grande taille constituait une discipline technique en soi. Chaque élément devait respecter les limites de transport, rester accessible à la grue à tour fixe, s’inscrire dans l’ordre logique de montage et faire l’objet de contrôles de flexion et de déformation. Les détails ont également nécessité un soin particulier. Les selles d’ancrage, qui assurent la liaison entre l’ouvrage d’art et la fondation en béton, devaient être montées avec une extrême précision dans la semelle en béton. Un léger écart aurait non seule7 6 8 9
17 InfoSteel #85 — 2026/4-5-6 InfoSteel visitera (en néerlandais) le projet le 15 septembre 2026. Plus d’informations sur www.infosteel.be/herkenrode ment été visible sur l’ouvrage d’art, mais aurait également eu des répercussions sur l’ensemble des plans d’exécution. D’un jeu de lignes impressionnant à un ensemble productible Dans l’atelier de production d’Arel également, le défi consistait à traduire un jeu de lignes impressionnant en un ensemble réalisable. La complexité ne résidait pas seulement dans la quantité d’acier, mais surtout dans les raccords, les arches, les dimensions et l’ordre dans lequel tous les éléments devaient être disponibles. L’objectif était de trouver des solutions techniquement réalisables, soudables et exécutables, sans pour autant compromettre la finesse du langage visuel du projet. L’ampleur de la production était exceptionnelle : plus de 1.000 plans, plus de 2.000 pièces, dont 340 arcs cintrés laminés, et environ 15.500 m de tubes à imbriquer, à scier et à fabriquer. À chaque étape, on a réfléchi aux pièces les plus grandes pouvant être transportées. La planification de la production n’était donc pas indépendante du chantier, mais a été adaptée à ce qui pouvait être monté à tel ou tel moment. Pour Van Eycken, le montage sur site s’est avéré être une opération logistique et technique de grande envergure. Comme tous les travaux de levage étaient effectués à l’aide d’une seule grue à tour centrale et que l’espace de stockage était limité, une planification minutieuse et une coordination permanente étaient essentielles pour éviter les congestions entre la production et le chantier. Les éléments transportables étaient d’abord assemblés dans un atelier de chantier couvert doté d’un plancher roulant pour former des ensembles plus grands, puis hissés à leur position définitive. Une fois en hauteur, ils étaient ensuite soudés pour former un tout. Un processus répétitif qui a été effectué des centaines de fois. C’est ainsi que CLAUSURA s’est peu à peu transformée en une construction où l’ambition artistique, la technologie de l’acier, l’ingénierie, la production et l’organisation du chantier se renforcent mutuellement pour aboutir à une œuvre qui semble à la fois fragile et particulièrement robuste sur le plan technique. 11 10
L’acier comme instrument paysager Point de vue à Vresse-sur-Semois construction n’encadre pas la vue de manière ostentatoire, mais renforce l’expérience visuelle. La transition entre intimité et ouverture est soigneusement mise en scène et s’appuie sur un seul geste géométrique clair : un escalier elliptique continu qui semble se fondre dans le terrain. Le langage formel reste sobre, laissant le paysage occuper le devant de la scène. Cette ambition architecturale exigeait une structure métallique d’une grande précision. La partie supérieure se compose de deux poutres principales en forme de tubes inclinés. La poutre extérieure suit une géométrie elliptique ; la poutre intérieure combine des parties semi-elliptiques et semi-circulaires. Les deux anneaux s’inclinent d’environ 12° par rapport à l’axe vertical. Cette inclinaison confère au belvédère son caractère tridimensionnel et constitue en même temps la base du principe de portance. Les poutres principales ont été conçues avec une inertie variable. Là où les efforts l’exigent, la section augmente ; lorsque la charge est plus faible, des économies de matériaux ont pu être réalisées. La poutre en caisson extérieure atteint une hauteur maximale de 1540 mm, la poutre Le point de vue ‘Le Jambon’ à Vresse-surSemois démontre comment une infrastructure publique de petite envergure peut revêtir une forte signification tant sur le plan spatial que technique. À un endroit où la Semois serpente à travers le paysage ardennais en formant un méandre emblématique, plutôt qu’une tour d’observation classique, c’est une structure en acier raffinée qui s’intègre à la topographie qui a été construite. Le projet prouve que l’acier n’est pas seulement un matériau de construction, mais aussi un moyen d’organiser avec soin le paysage, le mouvement et l’expérience. Le cahier des charges initial prévoyait une tour verticale s’élevant au-dessus des cimes des arbres. L’équipe de conception a toutefois opté pour une autre interprétation : ‘un déversement horizontal au-dessus de la vallée’. Au lieu de chercher la hauteur, le visiteur descend par un escalier elliptique en acier. La structure ne devient ainsi pas un objet dominant, mais une séquence spatiale qui se dévoile progressivement. Vu de la route, cet aménagement reste délibérément discret ; ce n’est qu’en descendant que le panorama sur la vallée de la Semois se révèle. Sur le plan architectural, la force du projet réside dans cette sobriété. La Auteurs : An Schoenmaekers & Batoma Sosso Photos : SBE/ Jan De Wilde Dessins : SBE 2 1
19 InfoSteel #85 — 2026/4-5-6 PROJET 4 Vue côté falaise platelage avec les marches d’escalier caisson intérieur à hauteur variable bande décorative garde-corps caisson extérieur à hauteur variable platelage PMR assemblage structure métallique-contrepoids bac contrepoids Vue arrière de l’ouvrage intérieure 1420 mm. Des raidisseurs primaires relient les poutres au niveau des appuis, alors que des raidisseurs secondaires, situés sous les marches et la surface de circulation, garantissent une rigidité locale. Une plaque de recouvrement en acier de 10 mm comble l’espace entre les deux caissons et permet à l’ensemble de fonctionner comme un tout. Pour assurer l’équilibre global, un contrepoids en béton armé a été prévu derrière la structure métallique. Celui-ci contrebalance l’effet de basculement de la géométrie en porte-à-faux. La combinaison de la structure métallique, du contrepoids et de la structure de soutien en béton crée un système compact et robuste, qui reste néanmoins visuellement léger. La solution technique soutient ainsi l’intention architecturale : une construction bien présente, mais sans être dominante. L’acier joue également un rôle déterminant sur le plan de la durabilité. La superstructure a été réalisée en acier auto-patinable Corten S355 J2+W. Ce matériau développe une patine protectrice et évite le recours à des systèmes de peinture ou à des cycles d’entretien intensifs. Parallèlement, sa couleur chaude, brun rouille, s’harmonise avec les teintes naturelles du site. De l’acier inoxydable X5CrNiMo17-12-2 a été utilisé pour certains éléments spécifiques des garde-corps. La complexité de la géométrie a nécessité une approche digitale intégrée. La forme complète a été modélisée dans Rhino, convertie en CAO et vérifiée à l’aide de calculs par éléments finis. La durée de vie de l’acier Corten a également été prise en compte : une réserve de corrosion de 1,5 mm a été prévue pour les surfaces exposées. La mise en œuvre sur ce site difficile d’accès a également nécessité une stratégie bien pensée. La structure en acier a été divisée en six segments préfabriqués, fabriqués en atelier et acheminés par transport exceptionnel. Sur place, un montage contrôlé a été réalisé à l’aide de supports temporaires, de soudures et d’opérations de lancement. ‘Le Jambon’ est un petit projet d’une grande clarté constructive. Il démontre comment l’acier peut enrichir l’espace public lorsque le choix des matériaux, la stabilité, la préfabrication, le montage et l’intention architecturale sont étroitement coordonnés. Ce n’est pas sa forme spectaculaire, mais la précision de la solution qui rend ce belvédère si particulier. Lieu : Rue Albert Raty 112, Vresse-Sur-Semois Maître d’ouvrage : Commune de Vresse-Sur-Semois Concepteur/architecte : SBE nv + An Schoenmaekers Bureau d’études en stabilité et acier : SBE nv Entrepreneur principal : SM TMI-EGTB Constructeur métallique : TMI Partenaires de construction membres d’InfoSteel : SBE, TMI 5 6 3
Une prouesse d’acier en plein cœur de Bruxelles : Visite de chantier Le Chat cartoon museum est aujourd’hui culturelle, l’architecture permet au bâtiment de s’adapter demain à n’importe quel programme. L’ingénieur Bertrand Hermans (Arcadis) a ensuite explicité les défis structurels et le schéma statique, s’attardant notamment sur la complexité du volume en porte-àfaux de trois étages, suspendu par le haut. Enfin, Thibaud Ceyssens, chef de projet chez le constructeur métallique Dugardein – De Sutter, s’est réjoui du choix d’une structure en acier apparente. Ici, le savoir-faire du constructeur métallique n’est pas dissimulé, mais mis en valeur. Une superbe nouvelle référence bruxelloise pour l’entreprise gantoise ! Place ensuite à la visite de chantier proprement dite. Répartis en trois groupes, les participants ont pu découvrir les coulisses du projet, tandis que l’architecte maniait avec enthousiasme le crayon et le papier, joignant le geste à la parole pour illustrer chaque détail avec précision. Jeudi le 23 avril 2026, InfoSteel / Score With Steel ont visité un projet hors du commun dans le centre de Bruxelles : le futur Le Chat cartoon museum. Comme à l’accoutumée, cette visite a été enrichie par les explications techniques des partenaires du projet. L’architecte Pierre Hebbelinck a débuté la séance en situant le contexte urbain et historique exceptionnel près de la Place Royale. Sur une parcelle résiduelle en forme de haricot, nichée entre le BIP et Bozar, il a détaillé une approche où l’histoire du lieu nourrit la conception : « L’histoire se fabrique au moment. » Le bâtiment se veut multifonctionnel, offrant des ‘plateaux libres’ portés par une structure de colonnes en acier, de smartbeams et de planchers collaborants acier-béton, adossée par deux noyaux massifs. Un choix délibéré pour la réutilisation future : si la destination ACTIVITÉ Texte & images : InfoSteel 1 2
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